Ici Noamia Maoni i Monnaliya Alzéima ma Limaouna Aurini, vous savez ? La cousine de Clo et Séba, vous devez les connaître, c'est leur mère ( ma tante Zulí ) qui a écrit le message qui est juste avant le mien. J'ai peur que ce message n'ait pas été clair comme de l'eau de roche pour tout le monde, alors je viens à son secours. Et puis, faut dire aussi que je suis la seule à pouvoir encore parler, enfin, écrire, vu que c'est moi qui ai récupéré le connecteur. Je ne sais pas ce qu'il y a dans cette machine qui intéresse tant de monde, ça vous dit quelque chose, à vous, un connecteur ? D'après ce que j'ai cru comprendre, c'est la reine Laurina qui a envoyé du monde le chercher à Ondomo où il traînait quelque part dans la neige, il doit contenir quelque chose d'important, vu le remue-ménage qui a eu lieu autour ( vous auriez dû voir ça, c'était assez marrant ).
Moi, j'étais juste venue pour voir Mira Mina en action ; et puis, si ma tante a eu le droit d'y aller, pourquoi pas moi, hein ? Et d'ailleurs ils n'ont qu'à surveiller mieux leurs Ellio, si ça les ennuie tant que ça. Enfin bref. Je ne savais pas que ça allait nous prendre deux jours à poireauter dans un hangar à Argantia, par contre, le temps de mettre au point le plan, de choisir les hommes, de trianguler la cible pour installer la ligne Ellio pirate, exétéra. Je n'étais pas au courant non plus que c'était le palais royal, le but de toute la manoeuvre ; ça je l'ai découvert quand je suis arrivée et que je suis tombée nez à nez avec le roi Carlino Déolyano qui me lorgnait d'un air méchant. ( Ils ont remisé tous ses portraits dans les greniers, il devait faire peur aux gens. Et là justement, on y était, dans les greniers. Mira Mina, toute son équipe, ma tante, et moi. ) Donc Mira Mina a harangué ses troupes, elle harangue drôlement bien, et nous avons commencé à descendre. Puisque nous étions dans les greniers, donc.
Vers le troisième escalier ( ça n'a pas été vite les escaliers, je ne sais pas si vous savez mais Mira Mina boite et elle ne peut pas plier le genou droit, ou gauche, je ne sais plus ) nous avons rencontré un bout du service de sécurité du palais. Mira Mina nous avait expliqué qu'il n'y avait pas trop de risques, tout était savamment calculé, et la plupart des gardes patrouillent à l'extérieur pour empêcher les gens d'entrer. Or, nous, nous étions déjà dedans.
N'empêche que nous avons croisé cette patrouille, mais ça n'a pas duré longtemps. ( Moi qui aurais aimé voir une bonne bataille, j'ai été déçue. ) Mira Mina a fait deux, trois gestes rapides et tout le monde s'est écroulé. Pratique, d'être une Grande Magicienne, tout de même. On a continué, moi j'admirais le paysage, dommage que je n'aie pas eu mon appareil photo ; ils devraient autoriser le palais au public, je suis sûre que ça attirerait les touristes.
Au bout d'un moment nous sommes arrivés au niveau des appartements de la reine. Mira Mina a disposé tout son monde aux quatre coins pour faire le guet, et elle est partie dans un couloir qui se trouvait là. Ma tante Zulí a suivi, et moi aussi.
"Noamia, veux-tu cesser de nous coller ?
- Non, pourquoi ?"
Nous sommes arrivés devant une porte, un chef-d'oeuvre de porte si vous me permettez de faire la remarque, pleine de dorures et de gravures et remarquablement fermée. Eh oui, Mira Mina sait peut-être mettre hors de combat toute une escouade de gardes, elle n'en est pas moins infichue d'ouvrir une porte comme Clo sait si bien le faire. Alors elle a frappé.
"Majesté, ici Mira Mina Ellaía ! Ouvrez ou je fais sauter la porte.
- Une si belle porte, ce serait dommage, j'ai ajouté ( Mira Mina m'a carrément fusillée du regard et j'ai reculé )."
On a entendu des pas ; et le reine Laurina en personne a passé la tête par la porte, en pyjama ( je précise qu'on était en pleine nuit, pour les plans secrets, ça fait mieux ). Sidérée, j'étais, mais j'avais comme l'impression que ce n'était pas vraiment le moment de demander un autographe alors je l'ai bouclée.
"Vous êtes qui, vous deux ? a demandé la reine à Zulí et à moi.
- Personne, a répondu impatiemment Mira Mina ( ce que j'ai trouvé plutôt vexant ) ; nous avons à parler, Laurina.
- Parler ? J'appelle la garde, oui...
- Elle n'entendra rien ; j'ai placé tout l'étage en espace parallèle, vous pourriez être à mille kilomètres, en ce qui nous concerne.
- Vous avez fait quoi ? Vous abusez de vos pouvoirs, Mira Mina ! Vous n'avez pas le droit de faire des trous dans l'univers comme ça, ça ne se fait pas, c'est...
- Et vous ? Vous avez le droit, peut-être, de mettre Mazya-Caramina sous la coupe de votre tyrannie, de laisser Ondomo tenir en laisse la vie de tous vos sujets, de procéder au pillage en règle des trésors magiques, de...
- Taisez-vous ! a crié la reine, les larmes dans les yeux. Vous n'avez pas le droit de me dire ce que je suis censée faire ! Vous ne savez rien de ce qui se passe en réalité ! Vous...
- Zulí !" a alors crié une voix, et devinez qui a jailli de derrière la reine ?
Ben, mon oncle Guilamo, monsieur le voyageur de mondes en personne. Zulí et lui sont restés à se regarder sans rien dire, plantés là de chaque côté de la porte, chacun risquant de temps en temps un petit "euh..." enroué avant de se taire à nouveau. Mira Mina et moi on regardait sans trop savoir quoi dire ; et au bout d'un moment, la reine a haussé les épaules d'un air las et nous a fait signe d'entrer à toutes les deux. A peine on avait disparu du terrain, on a commencé à entendre des cris et des tirades. Dommage que je ne comprends pas bien le français hurlé, ça devait être intéressant.
"Mais qu'est-ce qu'il fait là, lui ? a demandé Mira Mina en s'asseyant sur un des fauteuils du salon royal.
- C'est mon invité, a répondu la reine en traînant un tabouret pour que Mira Mina puisse y poser sa jambe raide. Et vous-même, qu'est-ce que vous faites ici ?
- Je viens vous demander des comptes, Laurina Laurénaí-Déolyana, Reine de Mazya-Caramina ! Au nom de la Constitution, le Conseil Royal a le droit de savoir ce que vous manigancez ! Accessoirement, vous êtes en mon pouvoir et en celui de mes hommes, et vous avez intérêt à faire ce que je dis. Mais nous verrons cela plus tard. Pour le moment, j'exige des explications. Au nom du Ciel, Laurina, à quoi jouez-vous ?
- Elle ne fait ce que je lui demande, a fait la voix de Guilamo derrière nous, et il est entré dans la pièce, Zulí accrochée à son bras avec l'air d'avoir encore des tas de choses à lui dire.
- Ce que vous lui demandez ? C'est vous qui lui demandez de tyranniser la population, de renverser toutes les lois qui ont jamais été établies dans ce pays, de se mettre à la solde de la despote ondomienne ? Et pourquoi, peut-on savoir ?
- Parce que c'est la seule voie de sortie que nous ayons, tout simplement ! a répondu Guilamo. Nous plier en apparence à la volonté d'Audiba Khan, pour qu'elle laisse l'administration caramène en place - et ronger le pouvoir, petit à petit, de l'intérieur, par subversion, manoeuvres discrètes, puisque nous ne pouvons pas le faire par la force ! Je croyais pouvoir compter sur le Groupe pour cela ; le Groupe nous a abandonnés, mais je ne renoncerai pas. Mazya-Caramina est mon pays ! ( Et la reine a hoché la tête. )
- Et peut-on savoir comment vous vous y prenez ? a demandé Mira Mina, pas plus enthousiaste que ça.
- On fait ce qu'on peut comme on peut, a déclaré la reine en haussant les épaules. C'est très artisanal.
- Mais à part ça ?
- A part ça, on a ça", a répondu Guilamo en désignant un appareil qui était posé sur une table dans un coin de la pièce. C'était le connecteur, évidemment.
"C'est le connecteur qui contient le plan de l'invasion ondomienne, j'ai envoyé quelqu'un le chercher à Winen quand j'ai compris qu'il intéressait encore des gens, a expliqué la reine. Evidemment, nous n'avons toujours pas la moindre idée de ce qu'il dit - je ne comprends pas l'omérien oriental et Guilamo non plus - mais on sait que son contenu intéresse encore bien du monde...
- Même alors que la guerre est terminée ?
- Même alors, a fait Guilamo. Reste à savoir pourquoi, mais en attendant, il constitue un très bel appât, et nous avons commencé à ferrer quelques poissons, oh, des petits... Mais petit poisson deviendra grand, comme ils disent sur la Stéralèna. J'ai réussi à avoir, sous une fausse identité, un rendez-vous secret avec un agent assez haut placé dans l'administration ondomienne... les choses suivent leur cours, tranquillement...
- Un peu trop tranquillement à mon goût, a soupiré la reine. On voit que ce n'est pas vous qui devez jouer les toutous d'Audiba Khan et martyriser vos sujets, Guilamo...
- Je sais, mon petit, je sais...
- Dites ( ça c'était moi ) c'est normal, tous ces bruits ?"
Parce que cela faisait un moment que l'on entendait un remue-ménage bizarre un peu plus loin dans le couloir, là où Mira Mina avait laissé ses hommes. La reine a bondi de son siège et s'est précipitée à la porte.
"Misère, je le savais que ça allait mal tourner... A tous les coups, mon éminence grise a voulu passer, et...
- Votre éminence grise ?
- Oui, il se prend pour ça... L'idiot ondomien qui me dicte tout ce que je dois faire de la part d'Audiba Khan, si vous préférez - il vient n'importe quand, à n'importe quelle heure, pour me surprendre à chaque fois - s'il est arrivé maintenant et qu'il est tombé sur votre trou parallèle, là, il a sûrement appelé la garde ! Ramenez-moi dans l'espace normal, vite !
- Pour cela il faut que je retourne à la base où j'ai mis le sort en place, a fait Mira Mina. Je vais me téléporter hors d'ici, je peux emmener une personne avec moi s'il le faut... Guilamo ! Vous venez avec moi, vous vous y connaissez un peu en interdimensionnel, ça ira plus vite à deux..."
Guilamo l'a aidée à se lever et ils ont disparu tous les trois, lui, elle et la béquille.
"Guilamo !" s'est écriée ma tante en voyant son mari disparaître en fumée, et puis : "Quelqu'un pourrait m'expliquer ce qui se passe ici ?"
Je lui aurais bien expliqué, moi, mais c'est là qu'on a commencé à voir des jolies lumières envahir la pièce et que les cheveux de la reine sont devenus tout grésillants d'électricité.
"Aïe, a-t-elle dit, on dirait qu'ils ont amené un magicien... Bon, j'espère qu'un sort de Mira Mina ne se fait pas briser par le premier venu..."
Ben, il faut croire que l'autre en face n'était pas le premier venu, justement, parce que les murs ont commencé à se flouter et à se gondoler ( Zulí : "mais est-ce que quelqu'un va m'expliquer ce qui se passe ici à la fin ?" ), et la reine m'a conseillé d'aller me cacher au cas où ça tournerait mal. Pas que ça m'ait fait très plaisir, mais quand la reine vous l'ordonne...
Alors je suis allée me cacher, courageuse pas téméraire, et j'ai attendu que ça se calme. Ben, ça s'est calmé, au bout d'un moment ; mais le problème, c'est que ça s'est peut-être un peu trop calmé. Ya plus personne dans l'étage. Enfin, la reine est toujours là, je l'ai vue, mais il y a un individu à l'air louche qui ne la lâche pas d'une semelle et je n'ose pas aller lui parler. Zulí par contre, disparue. Apparemment, elle a eu le temps de mettre sa prose sur le journal de Clo pendant que je me cachais, mais c'est visible qu'on l'a interrompue avant la fin, je me demande bien ce qui a pu se passer.
Le connecteur c'est moi qui l'ai récupéré, je me demande ce que je vais en faire, il intéresse quelqu'un ?
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