Vendredi 11 novembre 2005
Chloé, si tu m’écoutes,
Je ne comprends rien à tout ce charabia des articles précédents, j’espère juste que tout va bien de ton côté et que Doréo n’a pas raconté trop d’horreurs sur mon compte ( et ça j’en doute quand je vois qu’il étale mon sac en public ). Ici Allimano, au cas où tu n’aurais pas compris. Nous venons de débarquer à Leal Meriman ; lui, je l’ai envoyé aux nouvelles ; après tout, quand on a un journaliste avec soi, autant lui faire faire du travail de journaliste. Ce qui a un autre avantage, c’est que je peux enfin mettre la main sur son connecteur et te donner pour une fois autre chose comme information que ses tirades de grand reporter du dimanche.
Nous avons donc débarqué ! Cela faisait à peine deux ans que je n’étais pas allée à Leal Meriman, et comme de juste je n’ai rien reconnu. Ce n’est pas une ville, c’est un caméléon. Il n’y a pas un jour où ils ne construisent pas un ou deux immeubles, où ils ne déplacent pas une rue, où ils ne creusent pas un canal. Et le siège du Conseil International des États a encore changé de place, à ce que j’ai cru comprendre ; et une nouvelle île vient d’être annexée au territoire de la Cité. Dommage que personne ne reste jamais longtemps dans cette ville, ça doit finir par être assez amusant.
Je ne sais pas si Doréo a parlé de ce monsieur que nous avons rencontré sur le bateau, le type des affaires étrangères. Il était tellement ravi de voyager en compagnie de la plus grande magicienne du monde ( moi, quoi ) qu’il nous a proposé de trouver le moyen de nous faire héberger à l’ambassade caramène pendant tout notre séjour. Tu penses bien qu’on n’allait pas refuser ; après tout nous sommes là pour chercher des informations, pas pour faire du tourisme, et une ambassade est pour cela relativement mieux qu’un hôtel cinq étoiles.
Évidemment, ça a ses inconvénients. Nous étions à peine arrivés avec armes et bagages dans le sanctuaire de la diplomatie que j’étais abordée par un secrétaire affirmant qu’il avait un message pour moi. Je rappelle que nous venions de débarquer et que nous n’avions dit à absolument personne où nous allions.
J’ai ouvert la lettre, elle disait ceci : Allimano, revenez immédiatement ici ! Signé Mira Mina.
« Qu’est-ce que c’est ? m’a demandé le secrétaire, qui se contorsionnait depuis un moment pour regarder par-dessus mon épaule.
- Un soupirant éconduit qui me harcèle, ai-je répondu. Faites-moi plaisir, voulez-vous ; les prochaines lettres qui arriveront de cette adresse, mettez-les directement à la corbeille.
- A votre service, Alliya », a-t-il répondu obséquieusement. Des gens se sont chargés de nos bagages ( sauf mon sac, dont je ne me sépare plus, on ne sait jamais ), et Doréo et moi avons tenu conférence dans le jardin de l’ambassade. Pour te donner une idée, c’est une espèce de pot de fleurs géant suspendu au quarante-cinquième étage de l’immeuble, entouré de voitures et de dirigeables qui filent en vrombissant dans tous les sens ; les joies de la campagne, quoi.
« On est repérés, on dirait, a dit Doréo quand je lui ai parlé de la lettre de Mira Mina. Qu’est-ce qu’on fait ?
- On reste, ai-je répondu ; on s’en fiche ! Que veux-tu que cela nous fasse ici ? Elle ne peut pas quitter Mazya-Caramina, elle a trop de responsabilités.
- Non, mais elle peut envoyer un contact caramique à l’ambassadeur pour lui dire de nous renvoyer à Argantia par la valise diplomatique.
- L’ambassadeur n’a pas d’ordres à recevoir d’elle ! Pas plus d’elle que de moi, en tout cas ; et moi, je suis ici, elle non. Non, crois-moi, ce n’est pas ça qui va nous empêcher de mener notre enquête.
- Alors c’est parti ?
- C’est parti ! » Nous avons topé là, et, comme j’ai dit, il est parti aux nouvelles dans la cité. J’ai honte de l’avouer, mais il se débrouille mieux que moi en Langue Internationale – c’est-à-dire qu’il parle la langue de la rue, et moi seulement la langue des bibliothèques. Je la parle très bien, cela dit ; mais à part à faire la conversation aux livres, cela ne sert pas à grand-chose.
Oh, à propos ! Je ne sais pas s’il t’a parlé de ces messages que Lauri a laissé pour toi dans son connecteur, celui qu’il a récupéré et sur lequel j’écris en ce moment. Problème : elle a protégé ça par un mot de passe ( encore un ! ), sans doute quelque chose que tu peux résoudre toi, mais certainement pas moi. Envoie-moi tes lumières si tu en as ; sinon, à la prochaine, fille du voyageur !
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