Mesdames et Messieurs, tenez-vous bien : Sébastien a décidé de nous faire une crise d’adolescence !
Il faudrait que quelqu’un lui explique que ce genre de choses, comme son nom l’indique, concerne plutôt les adolescents, et qu’à neuf ans trois quarts le meilleur résultat à quoi il puisse aboutir est de se couvrir de ridicule. Mais je ne pense pas qu’il écouterait de toute façon. En général, quand mon frère décide de faire quelque chose, il le fait, et bien.
C’est-à-dire en l’occurrence de la manière la plus enquiquinante possible.
Le mélodrame a commencé tout à l’heure à la sortie des cours, quand il s’est avéré qu’en guise de dictée, Seb avait rendu ça :
( Je ne scanne que le début, mais cela vous donne une idée de l’ensemble. )
La maîtresse, qui n’avait jamais vu l’alphabet caramène, en a conclu qu’il se fichait d’elle – ce en quoi elle n’avait pas forcément tort – et elle a convoqué maman à la sortie. Après quoi, évidemment, drame, larmes, alarmes, convocation chez la psychologue de l’école ; et quand moi, je suis rentrée du collège, ç’a été pour tomber sur maman debout en haut de l’escalier, à hurler des choses à la porte fermée de Sébastien.
« Qu’est-ce qui se passe ? j’ai demandé.
- Il se passe, m’a-t-elle répondu, que ton frère est absolument insupportable depuis qu’il est rentré de l’école ! Il se passe qu’il refuse de me répondre un mot quand je lui parle, et que quand il me répond, c’est toujours dans cette… langue ! »
J’ai frappé à la porte, et il en est sorti un « falémo cinta ! » furibond qui m’a aussitôt donné un aperçu de la situation.
« Qu’est-ce qu’il a dit ? a demandé maman.
- Fichez-moi la paix… à peu près.
- Comment ! a-t-elle crié. Sébastien ! Ouvre cette porte tout de suite, tu m’entends ? Il faut qu’on parle !
- Arvérou albio si quanno ! Quarezzo liou daí no Stéralèna ammao !
- Quoi ?
- Il dit qu’il ne veut pas te parler et que tu n’es qu’une stupide Terrienne, ai-je traduit.
- Pardon ? Sébastien ! Ouvre immédiatement !
- Brastoí ! a répondu Sébastien.
- Et là, qu’est-ce qu’il a dit ? a demandé maman.
- Je crois qu’il vaut mieux que je ne traduise pas, ai-je répondu.
- Sébastien ! a hurlé maman. Retire immédiatement ce que tu viens de dire !
- Enfonce la porte », j’ai suggéré. Elle m’a jeté un regard qui m’a fait comprendre que je ferais mieux d’aller m’occuper de mes devoirs, ce que j’ai fait. Cependant, ce n’était pas le genre d’occupation à me prendre toute une soirée ; et pour m’occuper pendant que ma mère s’escrimait toujours contre la porte ( et que, d’après les bruits que l’on entendait de l’autre côté, Seb essayait de pousser son armoire en travers ), je suis allée jeter un coup d’œil à la boîte aux lettres interdimensionnelle.
Il y avait une lettre de la Bibliothèque pour mon père ; ce qui était étrange, car après tout ils sont bien placés pour savoir qu’il n’est pas là en ce moment. J’aurais bien ouvert la lettre pour voir ce qu’il en était ; mais, ces cachottiers ayant la manie de fermer leurs messages avec des sceaux magiques que seul le destinataire peut briser, le mystère est donc resté mystérieux.
Je suis donc revenue à mes amours internautiques, après avoir réussi à mettre la main sur l’objet du délit ( la fameuse dictée ) qui traînait sur la table de la cuisine. Et c’est là que j’aimerais faire une remarque, c’est qu’il y a une chose à laquelle ni maman ni la maîtresse n’ont prêté la moindre attention, et qu’il faut tout de même compter à la décharge de Seb : c’est qu’il n’y avait pas une seule faute d’orthographe.
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