Ça y est, mon père repart à l’aventure, et c’est un de ces remue-ménage à la maison ! J’ignore pourquoi maman a l’air aussi préoccupé – après tout, elle commence à avoir l’habitude de ses allées et venues, et pas besoin de s’inquiéter pour les voisins puisqu’ils sont tous fermement persuadés que M. Zinalla est un inoffensif VRP ( ce qui a le don de le faire rire, allez savoir pourquoi ). Quant à cet odieux opportuniste de Seb, regardez-le frétiller comme une anguille sous 220 volts à l’idée du cadeau que son papa va lui ramener de son nouveau voyage – comme si sa chambre n’était pas déjà pleine à craquer de bimbeloteries exotiques et de boîtes de chocolats vides. . Et moi ?
Moi, je lance dès aujourd’hui ma grande opération d’agit-prop subversive sur le slogan de campagne : « PAPA TU M’EMMENES ? » Arguments prêts à l’attaque : 1/ un père doit se soucier de l’éducation pratique de ses enfants ; 2/ j’ai tout de même quatorze ans, je suis en âge de conduire un scooter, et quand on peut conduire un scooter on peut prendre l’avion pour l’autre bout du monde, d’ailleurs il y a moins d’accidents d’avion que d’accidents de scooter ; 3/ on peut toujours avoir besoin d’une magicienne avec soi ( même une magicienne aussi nulle que moi ).
Souhaitez-moi bon courage, je passe à l’assaut dès que j’aurai fini cet article.
A l’heure où j’écris, mon père est enfoncé dans son fauteuil préféré, et dans une profonde réflexion, les yeux fixés sur l’ordre de mission qui est arrivé ce matin dans la boîte aux lettres. Et c’est vrai que c’est étrange. Normalement, les responsables de la Bibliothèque ne sont pas du genre voyageur interplanétaire ; leurs ordres de mission, ils se contentent généralement de les envoyer à Monnali – le frère de papa, que vous avez pu voir sur la photo d’hier – qui les dépose ensuite dans notre boîte aux lettres interdimensionnelle, ce « lieu intermédiaire » que Mira Mina Ellaía, la responsable de l’Andellio, a bien voulu nous allouer sur les réserves d’espace du Réseau, et qui nous sert à correspondre avec la famille de l’autre côté.
Alors évidemment cela a paru bizarre de voir arriver cette lettre-là avec les factures et les catalogues de pub. Mais cela n’explique pas pourquoi ma mère était aussi remontée, tout à l’heure, quand je suis rentrée du collège pour midi ( tout illuminée intérieurement par trois mots échangés avec le BEAU Stéphane ! ! ! ! ! ! ) Je connais ce genre de sourire radieux à la bonjour-Chloé-tout-va-bien-n’est-ce-pas-mais-si-tu-voulais-bien-me-laisser-dire-deux-mots-à-ton-père-s’il te plaît.
A mon avis, papa avait promis de l’emmener au restaurant.
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STEPHANE ( sur la photo de classe de l'année dernière ) l'est-y-pas mignon ?
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