Et si vous en voulez encore plus, abonnez-vous au bulletin ( c'est juste en-dessous, ne vous faites pas plus idiots que vous l'êtes ) ; vous recevrez, entre autres, de vieilles archives d'Argantia soir déterrées on ne sait où, des dessins, des bouts de romans, divers recyclages et antiquités de qualité aléatoire...
Oh ! Et si vous voulez savoir, vous êtes 4 à vous balader en ce moment sur les lieux.
Ce n’est pas que je ne vous aimais pas. C’est simplement que les propriétaires respectifs de nos connecteurs risquent de faire une drôle de tête si j’essaie de partir en douce en en emportant un, et que ça ne serait pas une chose très facile à faire discrètement. Alors voilà, je vous fais mon au revoir, salutations, sentiments distingués, lumzadaísi éminí tian’ommí. Pour le moment.
Là, je vous écris de l’avion qui nous emmène vers Mathel, où nous nous téléporterons jusqu’à l’Itellio de Leal-Ada en Rêvie, de Leal-Ada à l’Itellio de Ní, et de Ní à l’Andellio d’Argantia, à nouveau pleinement opérationnel.
Ce n’est pas qu’on ne voulait plus de nous à l’Ile aux Vents mais Lauri, qui aime bien contrôler son monde, a apparemment demandé aux Matheliens de nous envoyer le plus gros appareil possible pour pouvoir ramener le plus de personnes possible en une seule fournée. Résultat, outre la famille Zinalla cousine comprise, s’entassent actuellement à bord une Alliya, deux journalistes, quelques ex-Iliens caramènes et une géographe, que l’on a d’ailleurs failli oublier en partant. Il a fallu user de méthodes quasi-terroristes pour forcer le pilote à redescendre chercher la pauvre Aniali qui n’a décidément pas eu le meilleur rôle dans cette histoire. ( Je pense que son mari et son fils ont intérêt à être prêts pour l’explosion quand elle va arriver chez elle. )
Pour Allimano, le retour express se justifie assez. L’intrusion brutale de Mira Mina dans le domaine de la politique-banditisme, même si au final elle a bien arrangé les choses, n’en est pas moins un pavé monumental dans la mare tranquille de la communauté magique caramène. Une des bases essentielles de cette communauté étant le fait que, un, ni la Lignée Alliya ni la Lignée Ellaía, en tant que Grandes Lignées, ne sont censées se mêler de politique ; et deux, que la Lignée Alliya et la Lignée Ellaía ne peuvent pas se sentir l’une l’autre et n’ont rien de plus pressé que de provoquer un tollé dès que ceux d’en face traversent la ligne jaune. Je vois d’ici l’empoignade entre la famille d’Allimano et celle d’Armo et Mira Mina. Si vous voulez mon avis, Allimano va beaucoup s’amuser ces prochains temps.
Ça va être nettement moins drôle pour Lauri. Elle vient de nous faire passer la nouvelle par radio : elle va passer en jugement au Conseil de l’Écriture.
« Hein ? j’ai fait quand j’ai entendu ça. Mais pourquoi ?
- Va-t-en être démocratique, elle a fait d’un ton dégoûté ( et un peu crachotant, mais ça c’était la radio ). J’ai rappelé la Chambre Blanche et la Chambre Pourpre qui avaient été dissoutes, et qu’est-ce qu’elles viennent de décider à leur première session ? De me faire passer en jugement pour collaboration avec l’ennemi.
- Si tu veux savoir, la majorité de la population est d’accord, elle a poursuivi. Et je ne peux pas leur donner tort. Les gens ont beaucoup souffert pendant l’occupation, et c’était tout de même moi qui étais sur le trône pendant ce temps-là. On me demande pourquoi je n’ai pas abdiqué, pourquoi je ne me suis pas enfuie plutôt que de collaborer ; je veux bien leur répondre que c’était pour mener à bien le contre-plan, mais quelles preuves est-ce qu’il en reste, à part la parole de Guilamo et la mienne ? Même Milani n’est plus là pour nous soutenir. Si je me défends, je passe pour une négationniste. Et maintenant je risque mon trône.
J’étais furieuse, mais on ne peut pas vraiment donner tort aux gens. Allimano nous dit que quelles que soient les accusations, le Conseil de l’Écriture ne peut pas destituer Lauri, et pour une bonne raison : il n’y a aucun autre candidat au trône à portée de main. Les deux seuls membres restants de la Lignée Laurénaí-Déolyana étant Lauri et son père, qui a lui-même été destitué il y a un an et demi. Il y a donc toutes les chances pour que le Conseil décide finalement de la laisser régner ; mais le seul fait de passer devant le Conseil de l’Écriture va rester comme une tache indélébile, et pendant tout le reste de son règne les gens risquent de la voir comme celle qui a choisi de collaborer. Pauvre Lauri. Et elle a raison, avec ça : s’il y en a une qui rigole ici, c’est Audiba Khan. Elle n’a jamais été plus fermement assise sur son trône, tous les concurrents potentiels sont éliminés, et personne n’ira la chicaner sur sa façon de régner tant que l’on n’aura pas retrouvé Leal Meriman et le Conseil International des États.
Bon, heureusement pour elle Lauri est quand même bien entourée et on peut compter sur son équipe de choc pour lui faciliter les choses le plus possible, même si ce n’est pas grand-chose. Et l’on sait au moins que s’il doit y avoir du lynchage médiatique dans l’air, Argantia soir n’en fera pas partie. Du côté des frères Lazila, de fait, l’avenir s’annonce plus tranquille. Nillano est bien parti pour une promotion record et pour se prendre plus au sérieux que jamais ; quant à Doréo, il va faire tout ce qu’il pourra pour disparaître de la scène publique et faire oublier son rôle dans les événements de l’Archipel, pour retrouver le seul côté de l’appareil photo où il se sent à l’aise. Même si je pense qu’on aura beaucoup moins de reportages sur Allimano Alliya dans un futur proche.
Il est assez évident qu’on ne peut guère retourner là d’où nous sommes venus comme si de rien n’était. Disparaître une fois, ça passe, deux fois, ça devient délicat. Alors je ne sais pas trop ce qui va se passer maintenant. La Bibliothèque va nous remachiner une identité toute belle toute nouvelle avant de nous renvoyer sur la Stéralèna, mais pour le moment, nous allons sans doute squatter un temps chez Monnali, que Lauri est allée repêcher dans je ne sais quelle prison aurinienne avec sa femme, son fils et ses carames dès qu’elle est revenue au pouvoir. Monnali a intérêt à agrandir sa boîte aux lettres ; je vois déjà affluer les messages de Herra pour que mon père se joigne à l’expédition qu’il va diriger au pays du Mi-Chemin pour retrouver Leal Meriman, et ceux de Hannin pour que j’aille poursuivre mon apprentissage chez lui en Rêvie.
( La dernière fois que je l’ai vu, il nous expliquait bien fort et avec beaucoup de grands gestes qu’on ne pouvait pas laisser un potientiel magique comme le mien, comprenez incontrôlable et incontrôlé, se balader librement dans la nature et que j’apprendrais beaucoup de choses avec lui et qu’il devait m’étudier et que VRRRRRRRRRRRRROUM. Après l’avion était un peu trop haut pour que je l’entende bien. )
Devenir une vraie magicienne, plutôt qu’un simple réservoir de trucs bizarres ?
Hmm. A vrai dire je crois que j’ai eu ma dose de magie ces derniers temps. Hannin est un gars sympathique mais on voit que ce n’est pas lui qui a failli se noyer empêtré dans je ne sais quel fil de réseau, et détruire le monde avec dixit Herra. Vous comprendrez je pense que l’expérience n’incite pas à recommencer. Non, franchement. Je serais moi, et ça tombe bien je le suis, je laisserais tomber la magie pour un certain temps.
D’ailleurs maman va avoir besoin de moi. Il va falloir un œil acéré pour surveiller mon vagabond de père et je n’ai pas l’intention de le lâcher d’une semelle. On ne nous refera pas le coup de la disparition. Je déteste qu’on se fiche de moi.
Vous me direz, et s’il part avec l’expédition d’Herra ?
Eh bien, le pays du Mi-Chemin n’est pas mal comme endroit, quand il ne menace pas de se dissoudre sous vos pieds à tout moment, et au moins là-bas il n’y a pas de tyrannes égocentriques et de Conseils coupeurs de cheveux en quatre pour embêter le monde. Et ça me ferait voir du pays…
Mon cher papa, tu es prévenu ; ta fille ne se laissera plus faire.
Quand je reviendrai sur la Stéralèna, ce ne sera pas sous la même identité que celle sous laquelle j’en suis partie. Officiellement, ma famille a disparu à jamais sans laisser de traces ; tant pis pour les policiers à qui ça va donner des migraines pour les dix prochaines années, et tant mieux pour les Lazila locaux. Les autres au collège vont me manquer, mais je suppose que c’est la même chose pour tous les pauvres gosses que leurs parents traînent à l’autre bout du pays. Je suis nettement plus dépitée à l’idée de devoir redoubler l’année prochaine, mais je me vois franchement mal passer le brevet avec la quantité de cours auxquels j’ai assisté cette année. Oh, et puis après tout les gens là-bas n’auront pas besoin de le savoir.
Et si un jour vous voyez débarquer à côté de chez vous, comme nouveaux voisins, un grand échalas avec un magnfique air d'aventurier blasé, une chef-comptable, un sale gosse et une jolie jeune fille aimable et bien sous tous rapports, ma foi vous saurez à quoi vous en tenir, pas vrai ?
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