au début ça me plaisait bien, moi, de conduire l'avion, c'était comme dans un jeu vidéo c'était marrant mais au bout d'un moment on en a quand même un peu marre et j'étais crevé. on tournait dans le je-sais-pas-quoi interdimensionnel, j'avais Noam en vigie gluée au hublot en attendant qu'elle crie « terre ! » mais elle criait rien du tout. Karel, HS évidemment mais on le comprend le pauvre. vous imaginez, il a perdu sa sœur – même moi j'ai du mal à y croire pauvre Milani non j'arrive vraiment pas à y croire.
noam non plus elle n'y croit pas mais c'était pas une excuse pour que je la laisse piloter. non mais, toute la matinée elle a essayé de m'arracher les commandes et de me mettre à sa place à la vigie, et puis quoi encore ? je lui ai dit d'aller s'occuper un peu de Karel, vérifier qu'il n'essaie pas de se jeter par-dessus bord. En principe les avions c'est étanche, mais on sait jamais.
j'étais fatigué. je m'endormais sur le tableau de bord. Noam à la vigie, toujours rien. que la mer et la mer et l'océan. et puis tout à coup elle m'appelle :
« Séba !
- Terre ? j'ai demandé.
- Non, mais regarde le connecteur, il est bizarre, il étincelle et tout...
- Attends, tu ne vois pas que je conduis là ? j'ai fait. Laisse-moi regarder la route ! » et j'ai regardé la route, c'est-à-dire, la mer, et il y avait un truc dessus, une forme bizarre comme un bateau renversé. j'ai pas fait trop attention, j'allais le survoler ( de toute façon Karel m'a montré comment on vole mais il ne m'a jamais expliqué comment on atterrit ), mais noam derrière moi continuait de pousser de grands cris à propos du connecteur et finalement je me suis dit que ça pouvait avoir un rapport. Je regarde plus attentivement et je vois une forme accrochée au bateau renversé.
« Karel ! J'ai crié. Faut qu'on amerrisse ! Un homme à la mer ! »
c'était pas un homme, en fait. c'était même pas une femme, c'était ma sœur. Elle vous a expliqué, une fois, que depuis qu'elle s'est pris la décharge de magie à Ondomo elle résonnait un peu comme un connecteur ? Ça doit être ça qui a perturbé le nôtre, il était tout content de revoir un congénère ou quelque chose comme ça.
Comme on ne pouvait pas amerrir avec ce genre d'appareil, Karel s'est mis en sur-place au-dessus du bateau et on a déroulé un câble qui se trouvait là avec un crochet au bout, comme un hameçon. et on a repêché Chloé trempée et gelée et surtout furibarde comme je l'avais jamais vue.
« Saleté de rafiot ! elle m'a crié dessus quand je suis arrivé pour lui donner une couverture qui traînait dans un coin de l'avion. Pas pu choisir un autre moment pour couler, non ? J'y étais presque !
- Où ça, presque ? j'ai demandé.
- Au nœud central... je tirais la bonne ligne, j'en étais sûre... ( là j'ai compris que c'était pas la peine de lui demander de quoi elle parlait ). Tout est fichu, maintenant ! Zahéar a le champ libre !
- Euh, pas vraiment», j'ai dit et j'ai commencé à lui raconter tout ce qui s'était passé à lealmeriman, avec l'armée d'Audiba khan qui avait repris le nœud central de force en passant par le passage de papa à Limaouna, et Zahéar mort et Andrilian qui avait plongé pour détruire l'appareil avec un capitaine ondomien et milani. quand elle a entendu ça chloé n'en croyait pas ses oreilles, Milani ? elle a dit. Évidemment elle n'était pas au courant, le connecteur qu'elle avait avec elle a dû tomber à l'eau. Et puis elle a demandé :
« Et Karel ?
- Il conduit, là », j'ai répondu en désignant le poste de pilotage de la tête. elle s'est aussitôt tournée dans cette direction. je lui ai signalé que ça ne se faisait pas de déranger le conducteur et elle m'a dit qu'elle n'en avait pas l'intention de toute façon, mais elle était très rouge pour quelqu'un qui vient de passer quelques heures dans l'eau ( ils sont plutôt bleus d'habitude ). finalement elle s'est laissée tomber par terre et quand Noam est venue la harceler de questions elle n'a rien répondu.
je lui ai expliqué qu'elle n'était pas forcément mieux dans notre avion que dans la mer, vu qu'en l'absence de toute terre à l'horizon il y avait des chances pour qu'il y finisse bientôt, notre avion, dans la mer. ensuite je suis allé demander à karel s'il voulait que je le remplace au poste de pilotage, il m'a dit qu'il était bien où il était ; à mon avis il n'avait pas envie de se retrouver à l'arrière face à face avec chloé.
« Et si je conduis, moi ? »
Je me suis retourné, c'était chloé qui se tenait à l'entrée encore emmitouflée dans sa couverture avec une flaque d'eau à ses pieds et l'air complètement épuisée. Je lui ai dit qu'elle était folle, qu'elle n'allait pas piloter un avion alors qu'elle était à deux doigts de tomber par terre ( les avions, moins ça a affaire avec la terre, mieux c'est je pense ). Elle m'a répondu que puisque d'après moi-même on allait finir par couler de toute façon elle ne voyait pas la différence.
« Euh, j'ai fait.
- Laisse-moi essayer, elle a fait. Tout à l'heure j'y étais presque, au nœud central, je veux dire. Je peux faire la même chose pour nous emmener à l'endroit habité le plus proche, je commence à comprendre comment fonctionne la navigation Intermédiaire, je peux essayer de nous trouver une terre... »
finalement karel et moi on s'est dit pourquoi pas. Il s'est levé du siège du pilote, chloé s'est assise à sa place, et il est resté debout derrière elle à lui expliquer les manettes. il avait les mains posées sur ses bras, pour mieux la guider, et il lui parlait à l'oreille.
Chuis parti...
une heure plus tard environ j'entends des cris en provenance de la cabine, je me dis mince alors qu'est-ce qu'ils fabriquent ? je m'y précipite et Chloé me lance :
« J'ai perdu mon fil ! On n'est plus au pays du Mi-Chemin !
- Quoi ?
- Je sens à nouveau le réseau limmaraíen ! On est sorti de l'espace Intermédiaire ! On est de retour sur notre bonne vieille terre !
- Pour le moment, on est surtout de retour sur notre bonne vieille mer, j'ai signalé, mais c'est à ce moment-là que Noam a beuglé : « TERRE ! »
- Là ! en face ! a crié chloé, regardez ! C'est l'Ile aux Vents ! »
j'ai regardé, il y avait un archipel de toutes petites îles comme des pics de montagnes noires jaillissant de l'Océan, avec en fond une île plus grande, peut-être le continent, et échoué en travers de l'île la plus proche il y avait une espèce d'énorme monument gris qui rappelait un peu un bateau.
au même moment notre radio s'est mise à grésiller et une voix a dit un message en Langue Internationale. karel a répondu, et un instant plus tard il éjectait Chloé du siège pour négocier la phase d'approche.
et un autre instant plus tard on avait atterri tranquille émile sur l'Ile.
tout un groupe de personnes est remonté de l'intérieur nous accueillir , je n'ai pas reconnu grand-monde mais dans le lot il y avait Imen ( la chef de l'insurrection ondomienne vous vous souvenez ) et surtout Allimano Alliya l'air complètement crevée mais heureuse
Karel a ouvert la porte, noam et moi on s'est précipité dehors pas fâchés de retrouver le plancher des vaches, et j'ai demandé à Allimano :
« Je croyais que vous aviez coulé, l'Ile et toi et tout le monde ! Le dernier message de Doréo sur le connecteur, c'était...
- Tragique, pas vrai ? elle a dit avec un grand sourire. Un vrai reportage-catastrophe, je parie ? On ne dirait pas comme ça mais Doréo adore mélodramatiser... Enfin ceci dit, ce coup-là il n'avait pas forcément tort. On est vraiment passé à deux doigts du naufrage. Sans ce dernier sursaut d'instabilité de l'archipel, qui a amené cette île juste sous notre quille au moment où on coulait...
- Dernier sursaut ? Tu veux dire que l'archipel n'est plus instable ?
- Je n'y connais rien en interdimension, elle a fait en haussant les épaules ; Mira Mina pourrait nous dire ça mieux que moi si elle n'était pas actuellement un peu prise entre le marteau d'Audiba Khan et l'enclume de Lauri là-haut en Mazya-Caramina. Mais à vue de nez, oui, je crois que la région est revenue à peu près à l'état normal. Te dire pourquoi, par contre, j'en suis bien incapable. »
c'est là que Noam est venue se mettre au milieu de la conversation pour me demander comment ça se faisait que karel et chloé n'étaient pas encore descendus de l'avion.
« Que veux-tu que j'en sache moi ? » j'ai fait, et je suis retourné vers l'appareil pour aller les chercher. mais juste à ce moment-là Chloé est descendue, toute seule.
« Ah ben te voilà ! j'ai dit. Et Karel qu'est-ce qu'il fabrique ? »
elle n'a pas répondu. mais tout à coup le moteur de l'avion s'est mis à vrombir ; et il a redécollé juste sous notre nez. en moins d'une minute ce n'était plus qu'un tout petit point là-haut dans le ciel.
« Il s'en va ? j'ai crié. Mais il va où ?
- Il va où il veut, Chloé m'a répondu d'un air méchant. Il est libre, non ? Salut, Allimano.
- Euh, bonjour Clo », a répondu Allimano l'air perplexe, et finalement elle nous a fait signe à tous de rentrer à l'intérieur parce qu'il commençait à faire frisquet.
elle nous a expliqué que quand les prisonniers de la cale étaient passés à l'attaque, les marins Étendards de l'Ile avaient préféré se battre contre eux plutôt qu'entre eux ; et du coup quand ils avaient fini par remarquer que le bateau coulait, ils étaient à nouveau un équipage presque uni et ils avaient pu tous se précipiter ensemble sur les sorties de secours et les chaloupes. tandis qu'Imen et les autres n'avaient pas pu et avaient dû rester à bord. on ne sait pas où sont passés les marins, s'ils sont encore dans le coin ou au pays du mi-chemin, si le vaisseau amiral des Étendards les a récupérés ou pas
enfin en attendant c'est Imen et les autres qui sont restés maîtres des lieux même s'il y a un peu de conflit d'autorité entre imen et Allimano. Doréo prétend que c'est pas grave, que c'est une habitude entre elles, ma foi s'il le dit.
depuis tout à l'heure chloé est muette et elle regarde le ciel. Elle va se coller un torticolis si ça continue. Mais comptez pas sur moi pour aller lui dire.
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