Mercredi 19 octobre 2005
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La tempête n’a pas l’air près de se calmer ; encore quelques jours comme ça et nous aurons droit à un second Engloutissement qui n’aura rien à envier à celui d’il y a mille ans.
Le mari d’Aniali Praxiolina n’a pas eu l’air spécialement ravi de nous voir arriver, et pas seulement parce que nous détrempions son paillasson.
« Laissez-nous tranquille ! nous a-t-il dit en substance. Vous pensez que cela ne me suffit pas d’avoir perdu ma femme, qu’il faut encore que je sois harcelé de questions par votre bande de charognards ! Fichez-nous la paix, vous entendez ! Ne vous approchez plus de ma maison ! »
Et il nous a claqué la porte au nez. Visiblement, les services secrets étaient passés là avant nous ; et nous nous sommes éloignés sans perdre de temps. Nous sommes retournés nous mettre à l’abri à la gare des autobus, encombrée de centaines de voyageurs pour qui elle était devenue le seul moyen de rejoindre leur travail, et qui se pressaient pour s’entasser dans de vieilles machines datant du règne de Monéali II, ressorties en urgence des hangars et des musées.
Nous étions là depuis une heure, assis dans un coin à regarder des rivières de pluie ruisseler tout autour de nous contre le toit de verre en attendant le bus de Solmi, quand un gamin aux cheveux couleur de paille et tout entachedesonné s’est approché d’un air circonspect.
« C’est vous qui êtes venus à la maison tout à l’heure ? Je suis le fils d’Aniali Praxiolina, a-t-il déclaré d’une voix solennelle. Qu’est-ce que vous voulez savoir ? »
Après que Seb et lui se furent gravement et virilement serré la main, et qu’et qu’il se fut assis en tailleur en face de nous dans notre coin de gare, je lui ai expliqué grosso modo le but de nos tribulations.
« Faites voir le truc ? a-t-il demandé d’un air professionnel ; j’ai ouvert le connecteur et je lui ai montré le document.
- Ah, a-t-il dit. J’ai déjà vu quelque chose de ce style ; c’était il y a environ un mois. Quelqu’un que maman connaissait, je ne sais pas qui, est venu à la maison pour lui montrer un papier qui ressemblait à ça ; il voulait qu’elle lui traduise ou je ne sais quoi ; apparemment c’était dans une langue qu’elle était une des seules à parler. Elle a dit qu’elle avait besoin de vérifier sur un des dictionnaires de la Bibliothèque, et comme le gars voulait garder sa feuille, elle l’a scannée sur l’ordinateur qu’elle avait emprunté à son travail – c’est cette machine-là ?
- Celle-là même, ai-je répondu. Et tu ne connais absolument pas le nom de ce type ?
- Pas du tout, a-t-il répondu ; mais je peux demander à papa. Vous, il n’a pas voulu vous répondre, mais moi, il ne peut tout de même pas me prendre pour un agent des services secrets… Je vais essayer. »
Il est courageusement reparti sous la pluie. Brave petit ; il faudra que je le rémunère d’une façon ou d’une autre. De toute façon, je viens de m’apercevoir que nous n’avions plus de quoi rentrer à Nandoí ; j’ai beau avoir raflé toutes les iougginí que j’ai pu trouver dans le bureau de papa à la maison, la provision n’était pas éternelle, et je ne sais pas encore multiplier les machins comme Allimano, moi. Nous allons donc être obligés de revenir en fraude… avec le chaos qu’il y a dans cette gare cela ne devrait pas être trop difficile, mais si notre chef-comptable de mère voyait ça…
Que veux-tu, maman, c’est ça l’aventure !
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