Marigalla !


L'Antenne stéralénienne de la Bibliothèque, alias notre voisine, est là pour vous... ayant décidé que quitte à se faire exploiter par papa, autant en faire profiter tout le monde, elle a mis en ligne quelque chose qu'elle appelle ( assez pompeusement ) l'Encyclopédie de Limmaraia - cliquez sur le globe pour y accéder :

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Oh ! Et si vous voulez savoir, vous êtes 5 à vous balader en ce moment sur les lieux.

 

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Mardi 18 octobre 2005
« Nous sommes dans le pétrin, a remarqué Allimano.
- Vous êtes dans le pétrin, a rectifié Doréo. Je n’ai rien à voir avec ça, moi.
- Excuse-moi, lui ai-je signalé, mais tu l’es tout autant que nous. C’est toi qui es allé chercher Allimano, donc si elle y est, tu y es aussi. Cela dit, tu peux encore t’en aller !
- Ça ne va pas ? C’est l’occasion d’écrire l’article de ma carrière cette affaire…
- Si tu ne retrouves pas en prison avant, ai-je remarqué. Les services secrets savent que nous sommes à Nandoí, on peut s’attendre à les voir débarquer d’un instant à l’autre pour nous ramener à Argantia –surtout qu’eux n’ont certainement pas besoin de faire du stop… Bon ! ai-je décrété. Conseil de guerre ! »
Nous nous sommes installés plus ou moins en cercle autour de la petite table de notre chambre d’hôtel, et j’ai commencé à résumer la situation.
« Je résume ( donc ) ! Nous avons après nous les services secrets probablement très froissés par mon intrusion dans cette ambassade et très décidés à récupérer leur connecteur et surtout ce qu’il contient. Pour votre gouverne, je signale que j’ai changé le mot de passe ; ça leur fera les pieds. Par ailleurs, lesdits services secrets sont théoriquement aux ordres du Chancelier, mais on a vu qu’ils trafiquent aussi avec les Ondomiens et leur charmante Reine. Que se passe-t-il, je n’en ai pas la moindre idée et je ne suis pas sûre d’avoir envie de le savoir. Tout ce que je sais, c’est que je n’ai pas envie de passer le reste de l’année scolaire dans une cellule d’isolement. Donc il faut trouver un moyen de nous mettre à l’abri. Des idées ?
- Une idée, a déclaré Doréo – mais cela consisterait encore à exploiter le talent de notre amie l’Alliya ici présente…
- Quoi encore ? a demandé Allimano.
- Tu dois bien avoir des amis ici à Nandoí, non ?
- Évidemment – pourquoi crois-tu que je nous aie emmené dans cet hôtel ? La propriétaire est la belle-sœur du meilleur ami d’un collègue d’Astima, tu connais Astima non ? C’est pour ça qu’elle me fait un prix.
- Eh bien, demande-lui, à cette belle-sœur du meilleur ami du collègue d’Astima, si elle ne connaît pas quelqu’un qui pourrait nous mettre à l'abri avant l’arrivée des gens des services secrets.
- Étendre le réseau ? Hmm, pourquoi pas… ça pourrait valoir le coup…
- Le réseau ? a demandé Seb.
- Toutes les personnes qui connaissent de près ou de loin Allimano Alliya, a expliqué Doréo. Ça va de la reine Laurina à moi en passant par toutes sortes de gens – c’est très utile, apparemment.
- Tu parles ! a acquiescé Allimano. Bon, ici, nous sommes loin de tout, pour ainsi dire à un des bouts du filet mais il devrait y avoir moyen de trouver quelque chose. »
Elle est partie d’un pas énergique, et revenue un peu plus tard accompagnée de la belle-sœur du meilleur ami du collègue, petite bonne femme à tablier qui n’en revenait visiblement pas de voir l’Alliya en personne daigner squatter chez elle.
« C’est entendu, a déclaré Allimano. Clo et Séba ( c’est la version caramène de nos prénoms ), madame vous emmène chez un ami à elle qui sera ravi de vous héberger pour le temps qu’il faudra. Lui et sa femme ont cinq enfants, alors deux de plus, deux de moins…
- Tu ne viens pas avec nous ? a demandé Seb.
- Non ; il faut d’abord que je fasse le tour des autres sections de la Bibliothèque pour libérer ceux qui y restent. Mesdames et Messieurs, l’Alliya remplit son devoir civique.
- En stop ? s’est-il esclaffé.
- S’il le faut… j’irais même à pied pour le plaisir de faire les siens à Mira Mina. Quant à Doréo, je le réexpédie à Argantia, mission pour toi de retrouver Lauri et de la prévenir. Je te connais, je sais que tu devrais arriver à entrer dans le Palais. »
J’ai dissimulé ma déception comme j’ai pu ; depuis un moment, je m’imaginais plus ou moins qu’Allimano Alliya allait devenir une compagne d’aventure durable ; et je me réjouissais à l’avance à l’idée de pouvoir passer du temps avec une magicienne aussi sidérante. Ce n’était pas seulement qu’elle était un puits de science, connaissant sur le bout des doigts les sortilèges les plus complexes, capable de faire des choses que personne d’autre au monde n’aurait pu réussir ; mais même les sortilèges les plus banals – déplacer un objet, faire apparaître à manger ou ou à boire – elle les exécutait avec une assurance, une spontanéité qui dépassait tout ce que j’aurais pu imaginer atteindre même après des années de pratique.  Même Doréo avait une lueur fugitive d’admiration dans les prunelles à ces moments-là ; et pour moi, la semi-élémite, cela me donnait pour la première fois l’idée de ce qu’était la véritable magie.
… Sans compter que je commençais aussi à la trouver sympathique. Mais nous avons fait nos adieux, serré des mains à qui mieux mieux ( je me suis même retrouvée à serrer celle de Seb avant de réaliser que celui-là n’était pas près de me lâcher ), et nous fûmes acheminés tous trois, Seb, moi et le connecteur, chez l’ami de la belle-sœur et sa nombreuse famille. Tout aussi ravi qu’elle de se voir contacté, même indirectement, par quelqu’un d’aussi médiatique que l’Alliya,  il a volontiers accepté de pousser quelque peu les meubles de son minuscule appartement ; et, après un amusant jeu de chaises musicales consistant à déplacer ses enfants l’un après l’autre de chambre en chambre jusqu’à trouver une combinaison plus ou moins acceptable avec le moins de gens possible sur le canapé du salon, Seb et moi nous sommes retrouvés à deux dans une chambrette un peu à l’écart, moi assise en tailleur sur le lit, lui debout et bien décidé à parler de choses sérieuses.
« Chloé, a-t-il commencé, qu’est-ce qu’on va faire ?
- Ma foi, ai-je répondu, on va attendre ici qu’Allimano et Doréo reviennent ; que veux-tu qu’on fasse ?
- On ne va pas essayer de trouver ce que signifie ce document dans le connecteur ? Et où est passé Nillano Lazila ? Et Aniali ?
- Ce n’est pas vraiment notre affaire, ai-je répondu – ce qui était précisément la chose à ne pas dire.
- Si, c’est mon affaire ! a-t-il crié. Je la connaissais, moi, Aniali ; je veux savoir ce qui lui est arrivé ! On ne va pas se dégonfler maintenant ! Et puis, il faut aller voir son mari et son fils, qu’ils sachent ce qui se passe…
- Et tu sais où ils habitent, toi, son mari et son fils ?
- Oui, elle me l’a dit ; dans un petit village qui s’appelle Géogaro du côté de Solmi Armaína.
- Et tu veux qu’on aille jusque là-bas ?
- Moi, j’irai en tout cas, a-t-il répondu. T’es pas obligée de venir. »
Il faut vous expliquer, mesdames et messieurs, que mon frère est un grand amateur de romans et de BD d’aventure, lesquels ont développé chez lui cette fâcheuse tendance à l’héroïsme – sans laquelle lui et moi serions restés tranquillement à la maison au lieu de venir nous embarquer dans cette histoire de fous. Je me suis tout de suite aperçue qu’il était inutile d’essayer de le raisonner.
            Et, à bien y réfléchir, j’étais très curieuse de savoir ce que pouvait bien renfermer ce mystérieux document – sans oublier que c’était la Reine de Mazya-Caramina elle-même qui m’avait confié cette mission : découvrir ce qui se tramait dans son royaume. Et le domicile d’Aniali Praxiolina semblait un très bon endroit pour commencer.
« Qu’est-ce qu’on fait ? ai-je alors demandé. On laisse un mot à Allimano et on y va ?
- On y va », a-t-il répondu.

Et nous y sommes allés. De fait, à l’heure qui l’est, je vous écris depuis un siège de l’autobus bondé qui survole les terres de Nandoí à Solmi Armaína ; Seb s’est endormi contre la vitre qu’il avait essuyée de sa manche pour pouvoir regarder défiler le paysage nocturne au-dessous de nous. La pluie, tout autour de nous, nous ralentit ; le pilote a annoncé que nous atteindrions Solmi demain à l’aube. Personne ne fait attention à nous deux ; les gens échangent leurs inquiétudes d’un siège à l’autre, et je sens que je ne vais pas tarder à m’endormir moi aussi. Je ferme donc le connecteur pour ce soir ; bonne nuit, messieurs-dames, les enfants du voyageur s’en repartent à l’aventure…

( la vue sur Nandoí depuis le refuge, photo prise par Doréo avec Seb même pas fichu de regarder l'objectif en premier plan )

Par Chloé - Publié dans : Chloé
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