Marigalla !


L'Antenne stéralénienne de la Bibliothèque, alias notre voisine, est là pour vous... ayant décidé que quitte à se faire exploiter par papa, autant en faire profiter tout le monde, elle a mis en ligne quelque chose qu'elle appelle ( assez pompeusement ) l'Encyclopédie de Limmaraia - cliquez sur le globe pour y accéder :

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Oh ! Et si vous voulez savoir, vous êtes 1 à vous balader en ce moment sur les lieux.

 

Lundi 17 octobre 2005 1 17 10 2005 00:00
Fichtre ! Quelle sortie spectaculaire j’ai faite la dernière fois… « quelqu’un vi– », sacré suspense ! Vous avez dû vous demander où j’étais passée pendant deux jours, avouez ?
 
            Je vais essayer de vous raconter ça sur un ton dramatique, histoire de vous garder dans l’ambiance. Donc… il fait noir… Bibliothèque déserte… affolée, le cœur battant, je tape à la hâte quelques mots sur le connecteur abandonné, quand – un bruit ! un bruit déchire le silence. Vite, j’écris une dernière phrase désespérée, j’appuie sur le bouton de mise en ligne, ma dernière chance, et je cours, cours, en quête d’une cachette…
 
            Enfin, faute de mieux, je m’aplatis tant bien que mal sous un bureau avec une corbeille à papiers et quelques vieux classeurs, et j’attends de voir venir. Quelques instants à peine plus tard, j’entends grincer une porte, un rai de lumière balaie la salle, et une paire de jambes s’avance entre les étagères.
Puis une seconde paire de jambes, soit en tout deux personnes, très exactement deux types fort occupés à discuter l’un avec l’autre en une langue que je supposais être de l’ondomien. Personnellement, je ne comprenais pas grand-chose à leurs borborygmes, mais à les voir regarder derrière chaque étagère, ouvrir toutes les portes et illuminer le moindre coin d’ombre, il n’y avait pas de doute qu’ils cherchaient quelque chose, et que la chose en question était probablement moi.
            Ils arriveraient à mon bureau en quelques minutes ; il fallait donc que je bouge de là le plus vite possible. Heureusement pour moi, il se trouve que les chercheurs de la Bibliothèque ayant un sens du rangement disons, assez particulier, il n’y avait pas à chercher loin pour trouver des cachettes potentielles, recoins derrière des bureaux poussés de travers, tas de livres, caisses renversées… mais si je faisais le moindre mouvement, on me repérait.
             J’estimai alors que je n’en étais plus à vouloir faire de l’originalité à tout prix, et qu’une classique technique de diversion pouvait valoir la peine d’être essayée. À tâtons, j’attrape le premier objet un peu lourd qui me tombe sous la main – et qui se trouvait être un plumier légèrement déglingué – et je l’envoie rouler à l’autre bout de la salle, où il va élégamment s’écraser contre une armoire métallique qui se met aussitôt à résonner comme un gong oriental.
 
            Bien sûr, cela n’a pas manqué : mes deux types se précipitent sur les lieux, et j’en profite pour sortir de ma cachette pour courir en direction de la porte par laquelle ils venaient d’entrer – sauf que c’est là que la différence entre un héros professionnel et moi est apparue dans toute sa splendeur. Je me suis entrupée dans un classeur qui traînait, et étalée dans les grandes largeurs.
            Le temps que je pousse un juron trop grossier pour être répété ici, que je me relève tant bien que mal et que je m’enfuie en courant, les deux inconnus avaient largement eu l’occasion de me voir. Je les ai entendus crier quelque chose et se lancer à ma poursuite tandis que j’allais me perdre dans les couloirs obscurs… J’ai pris le premier tournant au hasard dans l’obscurité la plus totale ; ils m’ont suivie… Leurs lampes éclairaient tout devant eux, m’ôtant tout espoir de me dissimuler où que ce soit.
 
            Alors, je m’arrête, je leur fais face et je prépare à négocier la situation comme je pourrais – c’est-à-dire à les baratiner le mieux que le pourrais en espérant qu’ils parlent ne serait-ce que quelques mots de caramène.
« Qui es-tu ? Que fais-tu ici ? demande l’un des deux, avec un accent à peu près correct.
- Je… enfermée par erreur, expliqué-je. Mon père travaille pour la Bibliothèque – Guilamo Zinalla – je suis venue le rechercher et…
- Comment es-tu entrée ?
- Et vous ? » rétorqué-je.
Ce n’étais visiblement pas la chose à dire ; les deux Ondomiens ont échangé un regard entendu, et ils se rapprochaient de moi d’un air menaçant, quand un bruit assourdissant retentit quelque part dans le couloir derrière eux.
            Aussitôt, ils se retournent, l’air alarmé ; et j’allais envisager de prendre la poudre d’escampette quand, à mon grand effroi, quelque chose d’invisible se plaque contre ma bouche et m’empêche de crier ; comme je veux me débattre, des bras invisiblent me ceinturent et une voix me murmure à l’oreille :
« Cesse donc, idiote ! Tu veux vraiment nous mettre dans le pétrin ? »
Incapable de prononcer autre chose que « mmm mm » pour lui signifier tout ce que j’en pensais, je me laisse plaquer contre le mur tandis que les bruits inconnus faisaient toujours résonner les murs de la Bibliothèque – jusqu’à convaincre enfin les deux Ondomiens d’aller jeter un coup d’œil à la source du phénomène. Ils n’avaient pas sitôt tourné les talons que mon invisible compagnon m’attrape le poignet et m’entraîne en courant dans la même direction. Comme nous arrivions devant le bureau sur lequel j’avais posé le connecteur, je vois soudain une silhouette sombre se matérialiser à côté de moi, là où se trouvait mon invisible ; la silhouette attrape le connecteur, fait un geste de la main ; une lumière pâle apparaît dans sa paume, illuminant un visage vaguement familier, aux yeux verts – et la Bibliothèque disparaît.
 
            Quelques secondes plus tard, quand j’ai repris mes esprits, je me suis tout de suite rendu compte qu’il s’était passé quelque chose. Un vent froid sifflait tout autour de moi, s’insinuait dans ma veste ; et il ne m’a pas fallu longtemps pour me rendre compte qu’il ne pleuvait plus.
            Il neigeait.
« Nom d’un chien, s’est alors écrié gaiement quelqu’un à côté de moi, on ne peut pas dire que tu me facilites les choses, toi !
- Mais… je vous connais, m’exclamé-je à la vue de la jeune fille ( dont voici le portrait ). Vous êtes Allimano Alliya…
- Moi-même, enchantée, répond-elle distraitement. Brr, pas chaud, tu ne trouves pas ? Bon, qu’est-ce qu’ils fichent, ces deux idiots ?
- Qui ça ? » demandé-je. Mais au même moment je vis la réponse à ma question se matérialiser dans l’air en la personne de Doréo Lazila, mon photographe appareil en bandoulière, et de – Seb.
 
Mon frangin en personne ! L’air surexcité et ravi, un grand sourire étalé sur la figure – et que croyez-vous qu’il ait dit en sortant du néant ? Salut Chloé, je suis content de te voir ? Pensez-vous ! Il s’est immédiatement tourné vers Allimano en criant :
« On les a eus ! On les a eus !
- Comment ça ? ai-je fait. Qu’est-ce qui s’est passé ? D’où est-ce que vous sortez, vous deux ?
- De la Bibliothèque, tiens ! a répondu Seb. Qui tu crois que c’était, la diversion qui a fait fuir les deux affreux ! C’était nous !
- Mais… comment êtes-vous entrés ? Et comment sommes-nous sortis ? Et… où sommes-nous ?
- Devant la section de Nandoí de la Bibliothèque » a répondu Allimano en désignant d’un grand geste du bras le bâtiment devant lequel nous nous tenions – une haute et rébarbative tour de pierre grise, entourée de toutes parts par la montagne, la neige et les rochers. Nous étions les quatre seuls être humains dans le paysage.
« Tu peux remercier notre Grande Magicienne ici présente, a déclaré solennellement Doréo en désignant Allimano qui lui a renvoyé un sourire radieux ; c’est grâce à elle que tout s’est fait.
- Ouais ! a déclaré Seb enthousiaste. Elle a fait sortir tout le monde avec une porte magique – c’était drôlement fort…
- Téléportation à courte distance, a-t-elle expliqué en haussant les épaules ; c’est de la sous-Ellio – ne dites jamais à Mira Mina que je lui ai fauché son sortilège, elle me détesterait. Remarquez, elle me déteste déjà, mais… Dites, les gens, vous envisagez qu’on aille se mettre à l’abri ou l’on doit rester à se congeler ici ? 
- On est dans un refuge, un peu plus bas, a expliqué Seb. Il n’y a que Doréo, Allimano et moi ; les Bibliothécaires sont déjà redescendus en ville pour essayer de rentrer chez eux, mais avec les Ellio toujours en panne…
- Il y en a au moins une qui marchait, j’ai signalé. Je suis entrée dedans à l’ambassade d’Ondomo et je me suis retrouvée à la Bibliothèque… où il y avait apparemment déjà du monde qui était venu par le même chemin. Mais je crois que je l’ai déglinguée en passant avec le connecteur.
- Une Ellia détournée ? s’est écriée Allimano. Bizarre…
- Ellia ? Qu’est-ce que c’est que ça ?
- Ellio : elda limmaraía ormiludo, maison limmaraíenne multifonctions ; Ellia : estro limmaraía almaziya, réseau limmaraíen diplomatique. C’est le réseau parallèle ; il fonctionne comme le réseau Ellio, mais à l’usage exclusif des chefs d’Etat et des diplomates. Une cabine de téléportation dans une ambassade est forcément une Ellia ; si elle menait à l’intérieur de la Bibliothèque, c’est que quelqu’un l’a détournée, ce qui est une opération magique archicompliquée, très délicate – nom d’un chien ! si ça se trouve, c’est ça qui a fait tomber en panne tout le réseau caramène ! Un cristal implanté à deux centimètres de l’endroit prévu, un clorista un peu tordu, cela aurait suffi…  Ou alors, une autre explication… l’opérateur a forcément dû détourner une partie de la magie du réseau sur son Ellia… cela aurait pu dérégler tout le reste…
- C’est en établissant la communication entre l’ambassade et la Bibliothèque que tout aurait planté ? me suis-je écriée. Décidément, Lauri avait raison, ils y trafiquent des choses bizarres dans cette ambassade… Mais, j’y pense… comment avez-vous su que j’étais dans la Bibliothèque ?
- Tu oublies que tu as devant toi La Plus Grande Magicienne Du Monde, a déclaré Doréo. Elle sait ressentir les manifestations magiques importantes ; et tu es arrivée avec un connecteur, qui est une machine en partie magique… Allimano n’a eu aucune peine à te repérer. 
- Il me flatte, mais c’est du pur opportunisme, a annoncé Allimano. Tu n’as pas honte, Doréo ?
- Pas le moins du monde, pourquoi ? »
Ce disant, nous étions arrivé au refuge, petite bâtisse de bois et de pierre à l’ombre de la grande forteresse ; la neige tombait toujours allègrement tout autour de nous, et c’est avec joie que nous avons retrouvé la chaleur et l’abri. Allimano nous a sorti du néant quatre immenses coupes de chocolat chaud, et j’ai posé le connecteur sur la table. Il affichait toujours AEAREB, et il n’a pas fallu cinq secondes avant que les trois autres ne viennent s’agglutiner derrière moi pour regarder par-dessus mon épaule.
« C’est le mot de passe ? a demandé Allimano.
- Oui, mais je ne sais pas s’il manque des lettres, ni combien, et comme je n’ai aucune idée de ce que cela veut dire… Tu ne saurais pas nous pirater ça par magie ?
- Hmm… difficile à dire… je vais tout de même essayer… »
Et, tandis qu’elle s’installait à ma place, je suis allée me coucher ; la literie était sommaire mais toujours plus confortable qu’un dessous de bureau de Bibliothèque. Quand je me suis réveillée, Allimano était toujours devant le connecteur, la tête dans les mains et entourée de tasses de café vide, et l’odieuse machine affichait encore AEAREB.
 
Nous avons consacré la plus grande partie de la journée à redescendre en ville ; il neigeait toujours autant, et le chemin avait quasi disparu. J’ai demandé à Doréo ( Allimano dormait debout ) comment ils avaient fait pour arriver à Nandoí ; ils avaient plus ou moins fait tout le trajet en auto-stop, ce qui explique qu’il leur ait fallu tout ce temps pour y arriver. J’ai signalé à Allimano qu’il était scandaleux qu’une personne aussi importante qu’elle n’ait même pas une voiture de fonction, mais je ne sais pas si elle a entendu. 
            Nous sommes arrivés en bas au début de l’après-midi, pour bientôt nous apercevoir que tous les hôtels de la ville avaient été pris d’assaut par les Bibliothécaires libérés. Enfin, nous avons réussi à trouver deux chambres pas trop éloignées l’une de l’autre, qu’Allimano nous a payées sur le budget de la Lignée. Presque aussitôt, elle s’est réinstallée devant le connecteur et a recommencé à le scruter sous toutes les coutures.
            La nuit tombait lorsque j’ai entendu un « allilallilalilalorataminazillamonoumimininalililallo ! » furieux, et que je me suis précipitée dans la direction où la Plus Grande Magicienne du Monde s’était effondrée sur sa chaise sous le regard curieux de Seb.
« Qu’est-ce qui se passe ? ai-je demandé.
- Je ne sais pas, a répondu Seb ; j’ai suggéré que c’était peut-être un mot à l’envers, comme dans les énigmes, et…
- A l’envers ? BERAEA ? Ça ne me dit pas grand-chose de plus...
- Beraea, non, a répondu Allimano l’air épuisé ; mais ambera ea, « la Grande Mer » en Langue Internationale… c’est un vieux poème épique interminable et quasi illisible, mais qui fait malgré tout partie du fond primordial de la culture mondiale…
- Il faut en savoir des choses pour être Alliya », a fait Seb admiratif, et Allimano a tapé frénétiquement les deux lettres qui manquaient pour obtenir AEAREBMA. Et cela a marché – ce dont, si je puis me permettre, vous avez dû vous douter depuis le début, puisque je vous écris.
Par Chloé - Publié dans : Chloé
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