Marigalla !


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Vendredi 14 octobre 2005
Je crois que je ne suis pas au bout de mes peines avec la reine de Mazya-Caramina.
 
Après avoir voulu cambrioler ses propres services secrets, la voilà maintenant qui se met en tête de leur faire concurrence, et de se lancer dans l’espionnage elle aussi – et moi avec par-dessus le marché.
 
             ( Pendant que j’y pense, voici une authentique photo d’elle, que j’ai prise ce matin à l’intention des incrédules. Ceux qui ne croient pas que ce soit elle à côté de moi n’ont qu’à vérifier dans n’importe quel journal autre qu’Argantia soir. Ceux qui ne croient pas que ce soit moi derrière l’appareil, ceux-là je ne peux rien faire pour eux. )
 
Plus je l’observe et plus elle m’intrigue. Il y a un an, quand il a été question que son père abdique pour lui laisser la place, elle a fait des pieds et des mains pendant des semaines pour ne pas monter sur le trône ; et maintenant qu’elle y est, elle passe son temps à pester parce qu’elle n’a pas assez de pouvoir et qu’on ne lui obéit pas comme elle le voudrait. Personnellement, je suis très contente que Mazya-Caramina ne soit pas une monarchie du genre d’Ondomo, parce que je nous vois mal partis avec une Lauri qui aurait autant de pouvoirs qu’Audiba Khan – et pourtant, j’ai l’impression que nous pourrions devenir amies, avec le temps ( avec Lauri j’entends, pas avec Audiba Khan bien sûr, vous suivez derrière ? ). Mais pour le moment, elle a autre chose à faire.
 
            Ondomo, justement. Comme je disais un peu plus haut, notre bien-aimée souveraine se lance dans l’espionnage ; et, tandis que je me morfondais dans ses royaux appartements ( qui ressemblent assez à ma chambre à la maison, si ce n’est que le désordre est caramène et non français ), elle s’est mise en tête de filer un des membres de la délégation des services secrets, que son chef, le fameux officier Argent, avait envoyé en mission à l’extérieur avec un volumineux paquet sous le bras.
            En effet, en théorie, personne n’est censé quitter le palais tant que dure la réunion de crise ; et même si tout le monde sait que les services secrets font ce qu’ils veulent, ce départ a intrigué notre Reine, qui s’est donc échappée juste derrière lui. Elle est rentrée quelques heures plus tard, trempée de la tête aux pieds, frigorifiée et réjouie. La pluie aidant, personne ne l’avait reconnue, et elle avait réussi à filer l’agent secret jusqu’à la porte de l’ambassade d’Ondomo.
 
            Je l’ai donc retrouvée assise à son bureau, une flaque d’eau à ses pieds et une énorme masse de vieux papiers devant elle.
« Qu’est-ce que tu fabriques ? ai-je demandé ( car avec une reine comme Lauri, les formules de politesse ne tiennent jamais longtemps ).
- Je suis allée chercher dans la cartothèque du palais tous les vieux plans que j’ai pu trouver… je sais qu’il y a là-dedans le moyen d’entrer dans l’ambassade d’Ondomo. C’est un palais de la guerre civile, comme la section de Bibliothèque de Nandoí : toute la zone à cinq cents mètres à la ronde doit être truffée de passages secrets qui y mènent.
- Entrer dans l’ambassade ? Mais tu es folle ?
- Tu sais que ce n’est pas loin du crime de lèse-majesté ce que tu dis là ? a-t-elle rétorqué. Viens plutôt m’aider. »
Elle m’a jeté à la figure une liasse de papiers dont chacun supportait environ deux fois son poids de poussière, et j’ai bien été forcée de les rattraper. Nous avons passé le reste de la matinée à regarder à la loupe toutes les taches d’encre et les crottes de mouche de la région pour voir si elles n’indiquaient pas quelque passage secret. Je vous prie de croire que je ne me suis pas privée de faire des remarques, surtout à partir du deux centième éternuement ; mais autant parler à un mur. Interrogez tous les hommes politiques de Limmaraía et de la Terre réunies, vous ne trouverez pas une esprit de contradiction pire que celui de la reine Laurina II. Il suffisait que je murmure « on arrête » pour qu’elle ait deux fois plus envie de continuer.
 
            Et le pire, c’est qu’on a fini par trouver.
 
Le seul passage accessible part d’un vieux jardin de la banlieue d’Argantia pour aboutir à l’intérieur de l’enceinte de l’ambassade ; il mesure environ un kilomètre de long et tout porte à croire que la plupart des gens ont oublié jusqu’à son existence. Je vous laisse deviner l’état de Lauri à cette nouvelle.   
« Fantastique !a-t-elle crié. Ah, messieurs les agents secrets, vos secrets n’ont qu’à bien se tenir ! On arrive ! »
 
Car, évidemment, il ne suffit pas d’avoir trouvé l’entrée. Il faut maintenant que quelqu’un y aille.
 

Devinez qui.

Par Chloé - Publié dans : Chloé
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